Pelages blancs, Nunavik
- Mathieu Loiselle

- 6 déc. 2025
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 déc. 2025

Cette nuit,
le vent souffle, une fièvre vigoureuse, une puissance vacillante qui fait frémir la toile, trembler le sol.
Des bourrasques en rafales fêlent le rivage nordique à quelques lieues de la mer arctique, lui donnent l’allure de décombres, de ruines et s’évertuent à voler mon sommeil.
La brume épaisse rase le sol, lui prêtant des couleurs plus sombres. Elle navigue gravement sur ces terres de sécheresse, semant ses eaux pour nourrir et raviver le peu de vie qui subsiste dans la toundra.
Un climat de cimetière, gris, terne et révoltant.
Une rage qui arrache à l’esprit les jours de chaleur et de calme passés.
Au bord du lac, des pèlerins avancent à pas lents, tournant le dos au vent. Pelage blanc et yeux sombres, ils sont les élans momifiés des contrées du Nord.
Nonchalants, empreints d’un flegme orgueilleux, leurs corps désarticulés semblent trouver le chemin, aveuglément, avec l’entrain d’un revenant.
Une vision surnaturelle, un contraste insolite. Une marche d’une telle lenteur dans la frénésie des éléments.
Je regagne ma tente et essaie de fermer l’œil.
Solitude.
Celle qui me tient éveillé souvent la nuit, quand personne ne peut troubler le récit de la nature. Je suis l’exilé, l’égaré, le solitaire.
Loin de chez moi, mes repères confisqués, le rythme éternel depuis quelques temps tisse un voile sur le monde.
C’est souvent dans les endroits les plus éloignés que les plus grandes absurdités surgissent. La liberté est-elle ici la même qu’ailleurs?
Je plonge un instant, je m’imprègne de cette conviction.
La liberté est toujours là, elle est simplement différente. Jusqu’où sommes-nous prêts à jouer le jeu, dociles, à faire ce que l’on attend de nous?
L’esprit est membre de la meute.
Le jour, il se soumet par nécessité. Mais la nuit, il s’évade dans l’art, la passion et le vice. Il laisse férocement libre court à sa volonté.
Alors, il exerce sa liberté et révèle au monde sa vraie nature.
Cette nuit, le monde se dévoile à mes yeux.
Ce pays lointain, froid, désertique et rocailleux se déchaîne, se montre sans masque.
Une beauté carnavalesque. Une sérénité théâtrale. Une cruelle frénésie. Derrière la pantomime, lorsque toute civilité disparaît.
Un miroir brisé.
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